Petit-déjeuner spirituel

« Sans comparaison »

Auteur: Dima

L’homme ne le remarque généralement pas : il souffre moins d’avoir peu que de mesurer sans cesse sa vie. Il compare, estime, évalue — est-ce suffisant, est-ce comme chez les autres, est-ce pire, est-ce mieux. Et dans ce processus, même une vie normale et bien installée commence à paraître insuffisante.

Les sages le décrivent avec une grande justesse : d’un côté, le riche est celui qui se contente de sa part. De l’autre, l’homme, par nature, ne s’arrête pas : il a une chose — il en veut plus ; il a plus — ce n’est de nouveau pas assez. Et ce n’est pas une contradiction, mais une observation de la façon dont nous sommes faits.

On peut facilement en tirer une conclusion erronée : il faut donc cesser de désirer. Se convaincre que cela suffit, baisser ses attentes. Mais cela fonctionne mal. L’homme peut se calmer un temps, mais le mouvement demeure à l’intérieur. Le désir ne disparaît pas.

Et alors la question se formule plus justement : non pas comment cesser de désirer, mais que désirer exactement.

Car l’aspiration à davantage n’est pas une erreur en soi. C’est ce qui fait avancer l’homme. Sans elle, il n’y aurait ni développement, ni création, ni progrès. Le problème commence quand cette aspiration se referme uniquement sur le matériel.

Dans ce domaine, il n’y a pas de point de saturation. Non parce que l’homme serait « avide », mais parce que la logique même est ainsi faite : chaque niveau suivant devient vite ordinaire. Ce qui hier semblait une réussite est aujourd’hui perçu comme un minimum.

Mais il y a un autre côté. Cette même insatiabilité peut fonctionner autrement.

On peut vouloir non pas simplement avoir plus, mais faire plus. Créer davantage, comprendre davantage, être davantage utile. Et alors ce n’est plus une course après le sentiment « il me manque quelque chose », mais un mouvement venu de l’intérieur.

Dans l’approche juive, c’est considéré comme l’état normal de l’homme. Il n’a pas été créé pour s’arrêter, mais pour agir et se développer. C’est pourquoi il porte en lui ce « encore » permanent. La seule question est de savoir à quoi il est attaché.

Et ici apparaît une chose pratique. Il n’est pas nécessaire de briser sa nature et d’essayer de devenir quelqu’un sans désirs. C’est presque impossible et inutile. Il est bien plus utile de réorienter ce désir.

Si l’homme trouve une activité qui l’engage vraiment — utile, pleine de sens —, il commence à se rapporter autrement au reste. Non par l’effort, mais naturellement. Ce qui lui semblait important auparavant passe au second plan.

Il peut moins penser au confort superflu, à la comparaison, aux indicateurs extérieurs. Non parce que « c’est ce qu’il faut faire », mais parce qu’il a un point de focalisation plus fort.

C’est l’une des manières d’apprendre à se contenter de ce que l’on a. Non par la persuasion, mais par un changement de priorité.

Il est important, en même temps, de ne pas confondre cela avec l’ignorance de la réalité. Si un homme manque de choses fondamentales — la santé, la sécurité, les moyens de vivre —, il n’y a pas lieu de philosopher. Il faut y remédier. L’aspiration à couvrir ses besoins réels est normale et nécessaire.

Mais quand le niveau de base est assuré, la question n’est plus celle de la survie, mais celle de la direction.

Et ici, c’est souvent la comparaison qui gêne. Même si tout va bien pour un homme, il peut se sentir lésé simplement parce qu’un autre a davantage. Cela crée un sentiment de manque là où il n’y en a pas.

À de tels moments, il est utile de retrouver un repère simple : chacun a sa tâche et ses conditions. Ce que possède l’autre ne t’est pas forcément nécessaire. Parfois, c’est même tout à fait superflu.

Quand l’homme cesse de se mesurer à l’aune des autres et commence à travailler selon sa propre direction, il acquiert un état plus stable. Il continue d’aspirer à davantage, mais cela ne le détruit plus de l’intérieur.

Et alors naît une combinaison intéressante : d’un côté, il ne s’arrête pas et veut faire davantage ; de l’autre, il ne vit pas avec le sentiment qu’il lui manque toujours quelque chose.

Et dans cet état, l’idée de « se contenter de sa part » cesse d’être une belle formule. Elle devient simplement la description de la manière dont vit un homme quand son aspiration est à sa juste place.

Partager: Facebook Telegram WhatsApp
Direct Radio 12 70 Torah et Talmud 24h/24
—