Le respect sans flatterie : dignité et vérité
Dans la Torah, respecter une personne ne signifie pas approuver ses actes ou ses convictions. Cela apparaît particulièrement clairement dans l’histoire de Moïse et du pharaon. Malgré la cruauté du souverain égyptien et la nécessité de s’opposer à lui, Moïse devait conserver une manière respectueuse de s’adresser à lui. Rachi, dans son commentaire du livre de l’Exode, souligne que même les avertissements concernant le châtiment à venir étaient formulés de manière à ne pas humilier personnellement le pharaon. Il est possible de s’opposer fermement à quelqu’un sans transformer cette opposition en atteinte à sa dignité.
Mais où se situe la frontière entre le respect et la flatterie ? Parfois, en voulant être poli, on commence à approuver ce que l’on considère comme incorrect, à louer des qualités que l’on ne reconnaît pas réellement ou à garder le silence lorsqu’il faudrait dire la vérité. Pourtant, le respect et la flatterie se distinguent avant tout par leur rapport à la vérité. Le respect reconnaît la dignité d’une personne sans déformer la réalité. La flatterie déforme la réalité pour obtenir sa faveur. Le premier permet de rester honnête, tandis que la seconde transforme progressivement les relations en faux-semblants.
Le commandement « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19:18) nous aide à comprendre cette différence. Nous souhaitons être traités avec dignité, même lorsque les autres ne partagent pas notre opinion. Mais une personne sincère envers elle-même n’a pas besoin qu’on lui attribue des mérites imaginaires ni que chacune de ses opinions soit approuvée. Le véritable respect consiste à reconnaître une personne telle qu’elle est, avec ses qualités et ses défauts. Il n’exige ni humiliation ni glorification artificielle.
Il est particulièrement difficile de préserver ce principe en période de conflit. Nous avons parfois l’impression que parler avec douceur à quelqu’un qui a tort revient à faire preuve de faiblesse. Pourtant, la grossièreté ne rend pas la vérité plus convaincante, et une insulte ne devient pas juste simplement parce qu’elle s’adresse à une personne qui se trompe. Parfois, nos paroles blessantes ne servent pas à défendre la vérité, mais à satisfaire notre propre irritation. Et ainsi, même lorsque nous défendons une position juste, nous risquons d’agir injustement.
Dans les Pirkei Avot (4:1), il est écrit : « Qui est digne d’honneur ? Celui qui honore les autres. » Cette parole renferme une pensée profonde : notre dignité ne dépend pas seulement de la manière dont les autres nous traitent, mais aussi de la manière dont nous les traitons. Le respect ne nous oblige ni à être d’accord, ni à céder, ni à renoncer à nos convictions. Il nous demande simplement de nous rappeler que le désaccord ne prive jamais l’autre de sa dignité humaine.
Le véritable respect consiste à savoir dire la vérité sans humilier. Et la véritable honnêteté consiste à refuser la flatterie sans transformer la sincérité en cruauté.