Petit-déjeuner spirituel

«Qui nous soumet à la tentation: Dieu ou le diable?»

Auteur: Dima

Il n’y a pas si longtemps, une nouvelle sensationnelle a fait le tour des fils d’actualité: le pape François avait modifié le texte de la prière «Notre Père». Il proposait de remplacer les mots «ne nous soumets pas à la tentation» par une formule plus douce: «ne nous laisse pas entrer en tentation». Une petite retouche, semble-t-il — deux ou trois mots, la belle affaire. Mais il ne s’agit pas des mots, il s’agit du sens. Le pape a en somme reproché à l’ancienne formulation de présenter Dieu comme une sorte de tentateur — comme si le Créateur attirait l’homme dans le piège du péché pour ensuite, les bras croisés, le regarder tomber.

François a expliqué sa position simplement: Dieu est un Père, et un père ne pousse pas ses enfants dans le malheur, ne les expose pas aux coups. Selon lui, ce n’est pas Dieu qui tente l’homme, mais le diable. La tâche de Dieu serait de rattraper, de soutenir, d’aider à se relever. Tout irait bien, sauf qu’il y a un hic: du point de vue de la Torah, du point de vue juif, biblique, ancien, on ne peut pas penser ainsi.

C’est que la Torah ne reconnaît aucune force indépendante. Aucun diable autonome, avec cornes et queue, qui agirait à l’insu de Dieu ou contre Lui, n’existe ni ne peut exister. Tout en ce monde — chaque instant, chaque mouvement de l’âme, chaque pensée — résulte du dessein divin. La Torah connaît la notion de yetser hara, le «mauvais penchant», mais ce n’est pas une force extérieure: c’est un produit de l’homme lui-même, son monde intérieur, ses pensées, ses passions et ses peurs. C’est ce qui naît en nous: ce n’est pas un esprit malin qui chuchote, ce sont nos propres traits, notre éducation, notre douleur, notre expérience qui nous poussent vers tel ou tel choix.

Il y a aussi le Satan. Mais lui non plus n’est pas le diable des tableaux chrétiens, à la peau rouge et au trident. Le Satan est une sorte de personnification de la force de destruction, du mécanisme de l’épreuve. Il est comme un élément venteux: Dieu le permet pour que l’homme, en marchant contre le vent, puisse grandir, fortifier son esprit, affiner sa liberté de choix. Le Satan n’est pas l’ennemi de Dieu. Il est Son serviteur. Une partie du dessein.

Et nous arrivons ici à l’essentiel. Le pape dit: Dieu ne soumet pas à la tentation. Et la Torah dit: Il le fait. Oui, Il le fait — mais non pour que nous tombions. Pour que nous nous relevions. Pour que nous grandissions. Pour que nous devenions nous-mêmes.

Il est important de comprendre ici que le mot «tentation» (nissayon) est mal compris par la plupart des gens. Il ne porte pas la nuance d’«attirer» vers le péché, mais plutôt le sens d’«épreuve», de «défi». Non un piège, mais une occasion. Comme l’entraînement d’un sportif: c’est dur, ça fait mal, on a envie d’abandonner — mais c’est seulement ainsi que les muscles se forment. Sans épreuves, pas de croissance. Pas de maturité. Pas de liberté.

Et Dieu, en vrai Père, donne à l’homme de tels défis. Précisément parce qu’Il aime. Et dans ces épreuves, Il ne nous laisse pas seuls face au malheur — Il donne des forces. Mais seulement si nous voulons nous-mêmes lutter. Si nous voulons choisir ce qui est juste. Faisons un pas — et l’aide viendra. La force de tenir n’est pas donnée à l’avance, mais en réponse à notre choix.

Voilà pourquoi la prière «ne nous soumets pas à la tentation» ne demande pas que nous ne soyons jamais éprouvés. Elle demande que l’épreuve ne dépasse pas nos forces. Qu’on ne nous donne pas un fardeau qui nous brisera, mais un fardeau que l’on peut porter en serrant les dents. Car la véritable épreuve n’est pas un piège, mais une bannière. Le mot «nissayon» est lié à «ness» — «bannière». L’épreuve élève l’homme, le rend plus grand, plus ferme, plus fort. Et quand nous la traversons, nous nous élevons. Par nous-mêmes. Non comme des marionnettes impuissantes entre les mains de forces mauvaises et bonnes, mais comme des êtres capables de choisir et de vaincre.

Dieu ne regarde pas nos chutes avec indifférence. Il nous regarde grandir. Et Il nous envoie des épreuves non par indifférence, mais par amour. Comme un entraîneur qui pose à son élève des tâches difficiles parce qu’il sait: tu peux davantage. Et quand nous prions, nous reconnaissons que nos forces ne viennent pas de nous-mêmes, c’est Lui qui les donne. Nous reconnaissons que sans Lui nous ne tiendrons pas. Et par là même, nous nous rapprochons de Lui.

La question n’est donc pas de savoir si Dieu soumet ou non à la tentation. La question est de savoir ce qui se trouve derrière la tentation — la chute ou la croissance? La réponse: la croissance. Les épreuves sont une échelle vers le haut. Reste à savoir si tu auras la force de faire le pas.

Et quand tu seras monté, n’oublie pas de te retourner — et de remercier Celui qui t’a donné cette échelle.

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