Petit-déjeuner spirituel

Le mal au nom du bien

Auteur: Dima

Lorsque nous sommes témoins de guerres, de violences, de cruauté et de souffrances infligées à des innocents, une question se pose : pourquoi l’être humain, capable de distinguer le bien du mal, choisit-il néanmoins de commettre le mal en toute conscience ? Pourtant, une contradiction importante se cache ici : la plupart de ceux qui commettent le mal ne se considèrent nullement comme ses partisans. Au contraire, ils sont souvent convaincus de défendre précisément le bien.

Il est rare qu’une personne commence par se dire qu’elle souhaite commettre une injustice. Le plus souvent, elle se persuade qu’elle protège sa famille, son peuple, sa foi, sa sécurité ou sa propre dignité. Celui qui s’oppose à elle cesse progressivement d’être perçu comme un être humain avec ses propres peurs, convictions et intérêts. Il devient l’incarnation d’une menace. Une logique dangereuse apparaît alors : si l’adversaire incarne le mal, la lutte contre lui semble justifier presque tous les moyens. Ainsi, une personne peut franchir une limite morale tout en continuant sincèrement à se considérer comme juste.

Dans la tradition juive existe la notion de yetser hara — le mauvais penchant. Son action ne se manifeste pas nécessairement par un désir explicite de faire le mal. Parfois, elle se révèle dans la capacité de l’être humain à justifier ses propres actes, en remplaçant une question morale par une question d’intérêt, de nécessité ou de noblesse de sa cause. C’est pourquoi la Torah exige non seulement de rechercher la justice, mais aussi d’examiner les moyens employés pour l’atteindre. Même une menace réelle ne rend pas toute action acceptable. Il est également essentiel de distinguer la défense nécessaire, les conséquences tragiques de la guerre et les atteintes délibérées aux innocents : la responsabilité morale ne disparaît pas simplement parce qu’une personne proclame que sa cause est juste.

La déshumanisation est particulièrement dangereuse. Lorsqu’un groupe entier commence à être perçu exclusivement comme un ensemble d’ennemis, de traîtres ou de représentants du mal, la nécessité de distinguer la responsabilité individuelle de l’appartenance collective disparaît progressivement. La souffrance d’autrui perd de son importance, tandis que sa propre cruauté paraît de plus en plus justifiée. Ce mécanisme n’agit pas uniquement à l’échelle des États. Il se manifeste également dans les relations humaines ordinaires, lorsque la rancœur se transforme en conviction que l’autre mérite toutes les humiliations qu’on lui inflige en retour.

Peut-être l’une des épreuves morales les plus difficiles ne consiste-t-elle pas à distinguer le bien évident du mal évident, mais à reconnaître le mal que nous avons déjà appris à justifier par nos propres bonnes intentions. La Torah appelle l’être humain à répondre non seulement du but qu’il poursuit, mais aussi de la personne qu’il devient en chemin. Car il ne suffit pas d’être convaincu d’avoir raison. Il faut préserver la capacité de reconnaître l’humanité même chez son adversaire, de distinguer la défense de la vengeance, la justice de la cruauté.

La véritable maturité morale commence lorsque l’être humain devient capable de se demander non seulement « Pour quoi est-ce que je me bats ? », mais aussi « Qu’est-ce que je m’autorise à faire au nom de ce combat ? »

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